Le meilleur des cordes

© Escalade Alsace
Yann Corby
Tiphaine Gagneux

» 1er 8a le 12 octobre 2008, Traité de déversification au Brotsch


Tiphaine [photo: Florent Wolff]


Tiphaine, la bonne élève du grès
Propos recueillis par Claire Bresciani et Florent Wolff

Qui n'a pas été impressionné en voyant Tiphaine dans un bloc, ou lors d'une compétition ? pourtant peu de personnes connaissent cette grimpeuse discrète, Bleausarde d'origine et étudiante à l'INSA de Strasbourg... Voilà alors peut etre l'occasion de remédier à tout cela !


Dans quelles circonstances as-tu commencé l'escalade (quand et comment ?) ?
J'ai commencé l'escalade il y a maintenant 9 ans. À l'époque, mes deux grands frères pratiquaient déjà l'escalade et j'aimais énormément passer du temps en foret de Fontainebleau. C'est ce qui m'a, je pense, poussé à essayer l'escalade. Je grimpais alors un peu en salle la semaine et le week-end dehors. J'ai rapidement accroché à ce sport, jusqu'à finir par passer toutes mes après-midi de libre à grimper à Bleau. Et c'est ainsi qu'au fil des années l'escalade est devenue une véritable passion, jusqu'à ne plus pouvoir m'en passer aujourd'hui.

Tu as donc fait tes premiers pas à Bleau ; faisais tu déjà un peu de falaise avant ton arrivée en Alsace ?
Avant mon arrivée en Alsace, les seules fois où j'avais besoin d'enfiler un baudrier étaient pour quelques sorties en falaises pendant les vacances et pour quelques compétitions de difficultés… c'est-à-dire pas très souvent ! J'ai toujours aimé faire de la falaise, mais c'est vrai que Bleau n'est pas une région très propice à cette pratique, et je dois dire qu'à l'époque, grimper en falaise seulement quelques semaines par an me convenait parfaitement.

Tu viens d'enchaîner il y a quelques jours ton premier 8a avec le "Traité". Tu fais partie aujourd'hui des rares filles à avoir enchaîné cette voie si physique. Psychologiquement, ce n'était pas trop dur ? T'étais-tu déjà investie autant dans une voie ou un bloc auparavant ?
En ce qui concerne le bloc, je ne pense pas qu'un projet m'est déjà demandé autant d'investissement qu'en falaise. D'autre part, m'investir dans une voie est encore pour moi assez nouveau. Ce n'est que depuis une dizaine de mois que j'essaye des voies vraiment dures que je ne suis pas capable d'enchaîner dans la séance. En réalité, je me suis déjà plus investie dans Orange Amère (que je n'ai toujours pas enchaînée…) que dans le Traité. Le Traité est cependant la première voie que j'ai enchaîné qui m'ait demandé autant d'investissement. Pour cette voie, psychologiquement le plus dur a été de trouver des gens motivés pour venir m'assurer au Brotsch ces derniers week-ends ! Je tiens d'ailleurs à remercier tout ceux qui m'y ont emmené un jour, et particulièrement Cédric et Christian.


Thiphaine, le traité 8a du Brotsch [photo: Cédric Marmillod]


Qu'est ce qui t'a poussé à choisir cette voie particulièrement?
J'ai toujours préféré les voies courtes et les gros dévers. C'est donc logiquement que je suis allé tenter le Traité. Dés mes premières montées, j'ai aimé la gestuelle qu'offrait cette voie et je me suis sentie bien dans les mouvements. Le Traité m'est alors rapidement apparue comme un projet réalisable.

T'es tu entraîné spécifiquement à cette voie ?
Je n'ais fait que du bloc durant 3 mois cet été, c'est pourquoi en rentrant en Alsace en septembre je me suis sentie particulièrement affûtée pour réaliser cette voie. Je me suis plus spécifiquement entraîné ces dernières semaines en travaillant la rési courte. Je pense qu'un entraînement spécifique était plus qu'indispensable afin d'enchaîner une voie de ce niveau.

Tu viens d'intégrer la Team Falaise de Roc en Stock. Qu'attends-tu de cette équipe ? Il est facile de trouver des partenaires d'entraînement à Strasbourg ?
Il est rare de trouver un groupe de filles de son niveau avec qui s'entraîner et grimper. La Team falaise va me permettre de trouver une émulation qui est selon moi un des principaux moteurs à la progression. Roc en Stock est de plus un des lieux privilégiés pour trouver des partenaires de grimpe, aussi bien pour la salle que pour la falaise.

Plus généralement, es-tu heureuse d'habiter en ce moment en Alsace ? Vas-tu te précipiter pour retourner à Bleau sitôt tes études terminées ?
Pour être honnête, mon arrivée à Strasbourg il y a 3 ans a été pour moi assez déroutante. Je n'avais aucun attrait pour cette région. Pour réaliser mes études j'avais plus l'intention de m'expatrier du côté de Grenoble plutôt que de m'installer dans l'Est profond de la France. J'ai également perdu tous mes repères en passant du bloc à la falaise et en changeant de partenaires d'escalade. Cependant, avec du recul, je suis aujourd'hui très contente de mettre installée à Strasbourg. J'ai appris à apprécier ce grès rose si particulier et découvert un nouveau terrain de jeu. Je reste encore très attachée à Bleau, mais ayant grandie là-bas, j'ai encore assez souvent l'occasion d'y retourner. Au jour d'aujourd'hui, je pense qu'une fois mes études terminées, j'aurais plus envie de découvrir de nouvelles régions plutôt que de rester sur Strasbourg ou bien de retourner sur Bleau.

Tu sembles de plus en plus apprécier la falaise, as-tu délaissé totalement le bloc ?
Il est vrai que j'apprécie de plus en plus la falaise, notamment grâce au caractère de la gestion de l'effort qu'elle implique et qui n'est pas forcément aussi présent en bloc. Cependant, je ne pense pas pouvoir délaisser un jour le bloc. Il me tient particulièrement à cœur, d'une part parce que j'ai commencé l'escalade par sa pratique, et d'autre part, parce qu'il permet d'effectuer tout un panel de mouvements qu'il est très rare de retrouver en falaise. Il me permet de plus d'effectuer des mouvements de force qui est mon style de prédilection.

En parlant de force, tu en impressionnes plus d'un lorsqu'on te voit dans les passages bloc, quel est ton secret pour avoir autant de force ?
Mon passé de bloqueuse et mon attrait pour les dévers y sont pour beaucoup !


Thiphaine à Hueco [photo: Keeley Mahoney]


En plus de toutes ces pratiques extérieures tu es également une compétitrice, rappelons tout de même que tu es l'actuelle championne d'alsace. Que t'apporte la compétition ? Es-tu motivée pour en faire d'autres ? Bloc ou difficulté ?
La compétition m'a permis d'apprendre à gérer mon stress et à ne perdre mes moyens sous pression, que se soit en ce qui concerne l'escalade ou bien dans la vie de tous les jours. C'est aussi l'occasion de découvrir de nouvelles structures d'escalade et de grimper sur de nouvelles voies généralement bien ouvertes. Je préfère aujourd'hui encore largement les compétitions de blocs que je trouve beaucoup plus conviviales. Depuis quelques années, je suis plus attirée par la pratique extérieure que par la compétition. Je pense encore continuer à en faire mais ce n'est pas ma plus grande priorité.

Du fait de tes études, tu n'as pas le temps de voyager souvent, cependant tu nous reviens d'un stage en Arizona, en as-tu profité pour grimper ?
J'ai eu la chance cet été de réaliser mon stage en Arizona dans une entreprise fabriquant des prises d'escalade (Three Ball Climbing). Ceci m'a permis de rencontrer des grimpeurs locaux, très soucieux de me faire découvrir les plus beaux sites de blocs du Sud-Ouest américains. J'ai ainsi pu passer tous mes week-ends à faire du bloc.


Thiphaine à Hueco [photo: Keeley Mahoney]


Vas-tu essayer de consacrer plus de temps aux voyages ?
Ce voyage en Arizona a été une expérience exceptionnelle que j'aimerais renouveler. J'aimerais, une fois mes études terminées, partir découvrir de nouveaux sites de grimpe. Certes, ceci peut paraître assez utopique, mais j'essayerai de mettre en œuvre, au moment venu, tous les moyens pour y parvenir.

La vie sans l'escalade, peux-tu l'imaginer?
Absolument pas ! Au fils des années l'escalade est devenue une véritable passion. Ce sport a pris énormément d'importance dans ma vie et je ne peux l'imaginer sans.

Quels sont tes projets ?
Je n'ais pas encore de projets vraiment précis. Je pense pour le moment plutôt faire du à vue dans des voies pas trop dures, et pourquoi pas retourner dans Orange Amer une fois que j'aurais progressé en conti.


Thiphaine essayant Orange Amer 8a au Kronthal [photo: Yann Corby]


Comment te vois-tu dans 10 ans ?
Je me verrais bien grimper (je sais c'est un peu facile comme réponse...), et pourquoi pas travailler en tant qu'ingénieur dans une entreprise concevant du matos d'escalade.


Merci à Tiphaine, Claire et Florent







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