Le meilleur des cordes

© Escalade Alsace
Yann Corby

Séjour dans le Peak District [Angeterre]
Texte: Yann Corby


Présentation :
L'histoire de ce voyage débute au mois de février lorsque Thomas Leleu, Pierre Bollinger et moi décidons de repartir grimper ensemble, entre vieux.
Pierre n'a qu'un mot à la bouche : Espagne!! Son dernier séjour à Margalef s'était très bien passé, deux 8c enchaînés très rapidement, et les perspectives à venir avaient fière allure avec des projets en 8c+ qui devaient pouvoir tomber rapidement, bref la destination était toute trouvée.
Il en rajoutait même une couche en m'expliquant que la beauté de la falaise et de lieux nous permetrait de faire de superbes photos.

Malgré cette carte postale idéale Thomas et moi n'étions pas conquis. Pour nous cette destination c'était surtout suivre la mode, aller au soleil dans des falaises surpeuplées...Il nous manquait quelque chose, la dimension historique. Là l'Angleterre et plus particulièrement le Peak district (entre Sheffield et Manchester) nous est apparu comme LA destination de rêve.

J'y étais allé plusieurs fois pour suivre les pérégrinations de Jean-Minh Trinh-Thieu ou Loïc Fossard, et c'est vrai que là-bas on se trouve plongé dans une athmosphère que je n'ai retrouvé nulle part ailleurs.
En quelques kilomètres vous passez d'une falaise calcaire équipéee et patinée au Gristone où seuls les solos et les coinceurs ont le droit de citer. Un pays qui a vu les exploits des Fawcet, Dawes, Moffat, Moon, Smith ou plus récement McClure. Des voies toutes plus mythiques les unes que les autres : London wall, Master Edge, Partian Shot, Révélations, Hubble, Mutation, etc...

Oui c'est là que nous aimerions aller...Mais le refus de Pierre fût net. Il nous fallu de longues semaines, un travail de sappe important pour le faire craquer et le convaincre que c'était une expéreience à ne pas ratter. Il accepta donc de ne pas revenir avec des 8c ou autre 8c+ dans son escarcelle, là-bas ce sera différent : rude, hostile et les cotations s'offrent moins facilement, ne serait-ce que parce qu'il y a moins de choix.

Quelques jours avant notre départ Pierre fit un saut dans le Franken, histoire de forcer un peu...il revint sur de son état de forme mais avec un doigt bien entaillé, pas de bonne augure avant de s'attaquer aux arquées de Raven Tor.


Bilan :
Pierre et Thomas sont resté 13 jours sur place, ils n'ont fait qu'un jour de repos, alternant une journée à Raven Tor (calcaire équipé) et une journée sur le Gritstone.

Raven Tor :
La falaise reste sèche et grimpable même s'il pleut, les résurgences hivernales étaient peu nombreuses. Les cotations varient entre 7a et 9a. Le départ des voies se prête bien au bloc, d'ailleurs il y a au moins cinq fois plus de crash-pad à la falaise que de cordes.
La longueuer des voies oscille entre 8 et 40 mètres, mais le plus souvent les voies longues ont des départ communs, une cordée peut donc "bloquer" plusieurs lignes pour un bon moment. De même il est courant de voir les grimpeurs locaux faire de l'artif dans les premiers mètres (pour éviter Révélations 8b, par exemple) afin d'accéder aux secondes longueurs plus abordables (au moins 7c) et superbes.

Dans les voies courtes les cotations sont ultra serrées (bien plus que dans le Franken en moyenne), deux petits exemple pour illustrer ceci :
Pump up the power, pour enchaîner cette voie il faut faire un 7c+ bloc puis finir aisément, la cotation? 8a+...
Hooligans (2 ascensions) : 8a+ bloc + 8b falaise (sur 4 mètres, donc 8b en force!) sans le moindre repos possible....cotation annoncée 8c...Chez nous 8a+ bloc c'est déjà 8c !!

Autant dire que la surprise fut grande pour tout le monde!

Néanmoins Thomas réussit à faire Wild in me 7c et Rattle and Hum 8a.

Pierre de son côté s'attaqua sans le savoir à un morceau de choix nommé Seraphim. Dernière née du secteur, cette couenne ultra exigeante n'avait pas encore connue de répétition (libéréee en avril 2007). Son ouvreur, le talentueux Ruppert Davis, ayant proposé 8b. Il fallu plusieurs jours à Pierre pour en venir à bout...dur dur pour 8b, impression confirmée par les locaux malheureux dans leurs essais.


Les prises dans Seraphim, une couenne légèrement déversante. Notez que Pierre a grimpé plus d'une semaine avec du strap sur la première phalange de l'index, un gros handicap pour tenir ce type de prise. Bilan : des essais râtés, par contre une fois la coupure relativement fermée il tenta un essai sans strap, celui de la dernière chance (?) et enchaîna la voie.


Entre les montées nécessaires à cette réussite Pierre enchaîna aussi, Rattle and Hum et Out of my tree en 8a, ainsi que Pump up the power 8a+.

Durant nos visistes à Raven Tor nous avons pu assister à la première répétition de Keen roof 8B bloc par l'espagnol (mais résident UK) Nacho Sanchez.
Ce bloc libéré par James Pearson est le plus dur d'Angleterre sur calcaire (V13, hardest problem on British limestone).


Nacho dans la 1ère répetition de Keen Roof 8B bloc [photo : Yann Corby]

Quelques heures avant de me conduire à Manchester prendre l'avion, Pierre s'est offert une ascension express de Révélations l'une des voies mythiques du pays.
Cette voie libérée par Moffat (8a+) dans les années 80 a été soloée par Antoine Le Menestrel, alors que c'était la voie la plus dure du pays. Depuis la cotation a été revue à la hausse (8b) suite à la casse d'une prise du crux. Aujourd'hui les trois premiers mouvements (crux) sont estimés à 7c+ bloc, ils sont suivis par un 7c très délicat dans lequel Pierre tomba une fois.

Trois jours plus tard, Pierre s'offrait la seconde répétition de Keen roof, prouvant que si le bloc était loin d'être une priorité, il pouvait tout de même y être terriblement efficace (son premier 8a+ bloc il l'a flashé en 2001).


Gritstone :
Comme l'avaient fait Jean-Minh Trinh-Thieu ou Loïc Fossard, Pierre et Thomas ont joué le jeu du Gritstone....
Ascensions engagées, exposées ou en solo tout y est passé. Les deux compères atteignants même la cotation de E7 6c (E10 7a = niveau max). La cotation E relevant de l'exposition (ou de l'absence de protection possible), alors que le 6c est la cotation du crux de la voie (6c = 7c/8a falaise) » 6c moves, with serious injury potential. E7's on grit are created entirely after toproping (even Master's Edge).

A Millstone, Pierre a fait le classique London Wall [E5 6b] avant de se lancer en solo dans Edge lane [E5 5c], une superbe arête de 18 mètres.

A Stanage Thomas a délaissé la corde dans la cultissime arête d'Archangel [E3 5b].

A Burbage south, Pierre a enchaîné Balance it is E7 6c au terme d'une ascension tendue, risquée et ultra stressante (la voie a été travaillée en moulinette).
Il s'agit d'une superbe arête qui comme son nom l'indique est tout en équilibre, aucun mouvement facile avec un crux au sommet pour corser encore un peu plus l'addition.


Epilogue :
Séduit par l'escalade anglaise et hanté par l'arête de Balance it is, Thomas est retourné dans le Peak District pour un weekend en compagnie d'Antoine Duret.
Bien lui en a pris puisqu'il est lui aussi venu à bout de ce E7 6c, empôchant au passage London Wall.
Bravo!! Je n'ai pas encore pû en discuter avec lui mais je suis persuadé qu'il s'agit d'une des voies qui l'aura le plus marqué dans sa longue et prestigieuse carrière de grimpeur!









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