Le meilleur des cordes

© Escalade Alsace
Yann Corby


Propos recueillis par David


Sean Mc Coll est un canadien âgé de 29 ans et aussi l'un des meilleurs grimpeurs au monde. Il est particulièrement actif dans l'univers de la compétition mais il est aussi incroyablement doué sur le rocher. Il a été 4 fois champion du monde, il a gagné 5 événements mondiaux, il a plusieurs 9a à son actif, quelques 8c blocs… Il est décidément l'une des mécaniques bien huilés du monde de la varappe.
Le samedi 15 avril 2017, il participera à la 8ème édition du fameux No Foot Contest.
C'est l'occasion pour escalade-alsace.com de lui poser quelques questions sur sa personne, sa carrière et sa participation au No Foot !





Sean s'entraîne chez lui au Canada


Escalade-Alsace : Quand et comment as-tu commencé l'escalade ?

Sean : J’ai commencé à grimper à l’âge de 10 ans et en famille. On faisait partie d’un tennis club local qui a ensuite fermé. On a alors acheté nos premiers pass pour une salle d’escalade et n’en sommes jamais revenus !

Escalade-Alsace : Quand as-tu commencé la compétition ?

Sean : J'ai commencé la compétition 3 mois après mes débuts en escalade. Cela m'a introduit dans un monde qui m'a d'emblée fasciné.

EA : Le monde de la compétition a explosé ces dernières années. C'est objectivement bien pour les athlètes. Dans ton pays, comment cela fonctionne-t-il pour un compétiteur ? Touches tu un salaire ? Fais tu partie d'une équipe nationale ? Comment vis tu ?!

Sean : La vie d'un grimpeur professionnel canadien est bien différente de son homologue français car ma fédération n'a pas le même budget que la FFME. Je ne suis pas supporté financièrement par ma fédération. Je dois payer intégralement mes frais de déplacements, de nourritures, de logements… Et tout ceci m'est rendu possible grâce à mes sponsors : Walltopia, Scarpa, Flashed, Joe Rockheads et Vertical'Art.

Escalade-Alsace : Selon Patxi Usobiaga, l'escalade sur rocher est facile comparée à la compétition. Il est donc très étrange de ne pas voir plus souvent les compétiteurs en extérieur. Penses tu que pour eux, le rocher ne signifie plus grand chose ? Ou est-ce juste qu'il ne constitue pas la meilleure façon de s'entrainer et alors c'est une perte de temps ?

Sean : Je pense que faire du " à-vue " dans des voies en extérieur peut avoir un certain bénéfice sur les performances en intérieur. Mais avec le style de plus en plus explosif et puissant des voies du circuit mondial, grimper en extérieur n'est plus aussi efficace que de s'entrainer en intérieur. Je grimpe sur le rocher parce-que j'adore ça mais je sais que pour être bon en compétition, il faut que je m'entraine en salle.

EA : Connais tu des grimpeurs qui ne sortent jamais ? Est ce une chose que tu peux comprendre ?

Sean : Je connais quelques grimpeurs qui grimpent très rarement en extérieur et en tant que compétiteur, c'est une chose que je peux comprendre. En revanche, j'adore personnellement grimper à l'extérieur lorsque la saison des compétitions se termine. Pour moi, c'est un équilibre. Qui plus est, grimper à l'extérieur est clairement l'un de mes buts de fin de carrière.

EA : Penses tu que battre les autres est devenue la valeur absolue ? Plus que battre une cotation ? Plus qu'établir une connexion avec la nature ?

Sean : Non je ne pense pas que " battre les autres " comme tu l'écris, est devenue la valeur absolue. La mentalité en compétition est juste très différente de celle que l'on retrouve à l'extérieur. Sur le rocher, tu n'as pas de contrainte de temps (sauf météo !). Il y aura toujours un autre jour, un autre mois, une autre année pour compléter ton projet. En compétition, c'est MAINTENANT ! Tu es sous la pression tout le temps et tu dois performer lorsque c'est ton tour.



Sean à Paris


EA : Ressens tu beaucoup d'adversité sur le circuit ? Des expériences à nous raconter ?

Sean : Je ne ressens pas beaucoup d'adversité sur le circuit. Je suis heureux de pouvoir dépasser mes capacités lorsque je performe. Parfois, c'est suffisant pour gagner, parfois pas. Quand je vais au bout de mes ressources mais qu'un de mes amis gagne, je suis tout aussi heureux car je sais à quel point il a travaillé dur pour le mériter. Les médias aiment faire croire en l'adversité. Mais je vois plus la compétition comme une bataille entre moi-même et le problème qui m'est proposé : une voie ou un bloc.

EA : L'escalade a récemment été acceptée aux jeux olympiques. Malheureusement, la formule proposée n'est peut-être pas la bonne… Un trio de bloc, vitesse et difficulté ! Quelle est ton opinion à ce propos ?

Sean : Ce que de nombreux grimpeurs ne réalisent pas, c'est que si l'IFSC avait choisi de présenter une discipline en particulier, les deux autres auraient perdu de nombreux financements aux niveaux nationaux et internationaux et seraient mortes en tant que discipline du circuit mondial.
Le format du trio était la meilleure façon de mettre en lumière les trois disciplines de l'IFSC dont le but ultime sera d'avoir chaque discipline séparée pour les JO de 2024.

EA : Prendras tu part aux jeux olympiques et te sens tu capables d'être à ton meilleur dans les trois disciplines et au même moment ?

Sean : Oui, oui et OUI !

EA : Tu es aussi incroyablement bon sur le rocher. As tu toujours du temps pour avoir de gros projets ou cherches tu des choses rapidement faisables lorsque tu vas en extérieur ?

Sean : Je sais que mon temps en extérieur est actuellement limité. Je sais aussi que repousser les standards de difficulté canadiens est un but que je me réserve lorsque mon temps de compétiteur sera passé. Lorsque je grimpe sur le rocher, je regarde avant tout les lignes et non pas les cotations. Je grimpe dehors parce que j'aime ça et je ne cherche pas " les croix ".

EA : Quelles ont été tes plus grosses réalisations ?

Sean : J'ai pu grimper jusqu'à 9a et 8C. Mon meilleur souvenir de travail de voie, restera celui de Dreamcatcher, 9a à Squamish. J'avais essayé la ligne quelques années auparavant avant de la travailler vraiment. Mais même en étant au meilleur de ma forme, cela m'a pris 5 jours de travail avant d'enchainer. C'était un long processus en raison de la longueur de la voie. Tu commences sur une dalle, tu fais un dynamique, quelques mouvements sur bacs qui te daubent et tu arrives sur des coincements de doigts qui sont plus faciles pour les petits doigts… Puis vient un repos moyennement bon avec une prise de pied, avant d'entamer les derniers mouvements qui sont les plus physiques de la voie !




Sean durant le PsicoRoc


EA : Tu as essayé d'enchainer Hubble, le premier 8c+ de la planète, ouvert par Ben Moon. C'est incroyable mais tu as échoué ! Etait-ce une question de météo ? Est-ce encore l'un de tes projets ?

Sean : J’essaye de ne pas prendre la météo comme excuse lorsque je n’arrive pas à faire quelque chose mais je suis certain que le mauvais temps n’a pas aidé. Ceci mis à part, les mouvements sont incroyablement durs et n’étaient pas dans mon style. J’ai réussi à les faire tous donc je sais que je suis capable de faire la voie, mais j’ai encore trop de mal à trouver le temps de me rendre là-bas et de m’investir dans le projet. Je donne la priorité à la compétition et je sais que Hubble sera toujours là dans 5, 10 voire 100 ans ! C’est cependant dur de savoir si la voie sera toujours comme à l’origine. C’est le problème des voies historiques qui voient beaucoup de passages, d’essais et en accusent le coup. Certaines peuvent être plus dures qu’à l’origine.

EA : Les grimpeurs cherchent la vérité… Si on peut assumer qu'il y en a une ! Penses tu qu'il y a moins de mérite à enchainer une voie de résistance qu'une voie de force ? Ne devrait-il pas y avoir deux systèmes de cotation différents ? Puisqu'Hubble vaudrait apparemment 8B bloc…

Sean : J'essaye d'éviter de débattre sur ce genre de choses car je trouve l'ensemble très subjectif. Les cotations sont juste un guide et trop de personnes les utilisent comme un absolu. Il n'y pas de meilleure façon de comparer deux lignes que de les grimper toutes les deux.

EA : Selon une interview d'Adam Ondra dans Grimper Magazine, les compétitions de bloc ont évolué vers quelque chose de différent ces dernières années. Il semble que les problèmes proposés tendent vers le parkour. Adam les a appelés " des tours de cirque ". Confirmes tu cette tendance ?

Sean : Je n'irai pas jusqu'à les appeler " des tours de cirque " mais c'est décidément très excitant de regarder ces blocs être parcourus. Avoir 1 (ou 4 ou 5) bloc de ce type qui nécessite des mouvements de coordination sur un circuit, ne me dérange pas. Mais je trouve que c'est de la responsabilité de l'IFSC de s'assurer que les compétitions restent en accord avec leurs principes de proposer différents types d'escalade dans une seule manche.
J'encourage tous les grimpeurs qui veulent discuter du changement, à se joindre à la commission des Athlètes. C'est là que les voix des athlètes sont le mieux entendues, car en connexion directe avec la direction de l'IFSC.

EA : La difficulté a aussi évolué depuis sa première apparition en compétition. Cela semble avoir évolué vers de la résistance pure. Est ce correct ?

Sean : Non je ne pense pas. Il est toujours possible pour des grimpeurs de différents styles, de gagner une compétition. La difficulté a toujours tourné autour de la résistance mais nécessite également de la lecture, de la force, du rythme, de la détermination et une bonne gestion du temps.

EA : Connais tu la raison de cette évolution ?

Sean : Je trouve que les anciennes compétitions de difficulté sont ennuyantes à regarder, même d'un point de vue escalade. Le but de la compétition est de tester les athlètes dans tous les aspects du sport. C'est quelque chose qu'arrivent à faire les nouvelles voies de compétitions et que n'arrivaient pas à faire les anciennes.

EA : Lorsqu'est né le No Foot Contest il y a 16 ans, en as tu entendu parler ?

Sean : Je n'en avais jamais entendu parler jusqu'à en voir la première vidéo ! Cela doit être du au fait que la compétition est née il y a plus de dix ans et que je ne faisais pas encore de compétition en Europe à ce moment là !

EA : Es tu excité de venir à Strasbourg pour cet événement ? As tu une idée des différents exercices qui te seront proposés ?

Sean : Je suis très excité de venir à cet événement car j'adore les challenges amicaux. Je préfère être surpris par les exercices plutôt que de savoir et de m'entrainer spécifiquement pour : cela serait plus ennuyeux !

EA : Tu es passé un jour au Kronthal pour grimper quelques voies. Tu y as enchainé " à vue " Téléféérique 8a+, ainsi que L'âme du Phénix, 8c. T'en souviens tu ?

Sean : Oui je m'en souviens. Dans Téléféérique, notamment, il y avait une ou deux chauves-souris dans un des trous du plafond que j'entendais crier lorsque je grimpais. J'étais plutôt inquiet de savoir si elle(s) allai(en)t me mordre les doigts !



Bravo pour ce que tu as accompli Sean ! Merci beaucoup pour tes réponses et pour ta venue à Strasbourg. Nous te souhaitons un très bel événement et le meilleur pour toi-même et ta carrière.









www.escalade-alsace.com