Happy Birthday !

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Baptiste Vincent, Happy Birthday 600m - Croix des Têtes

Récit d'un week-end en grande voie avec Baptiste Vincent et Lucas Schwinte.

 

Jeudi 27/08/2026 : Le Boui-Boui

Moment d’hécatombe en Alsace au beau milieu de ce mois d’août… !

Certains de leur plein gré, d’autres contraints, fuient leur région natale pour de nouveaux horizons.

Une soirée d’adieu est ainsi organisée au Boui-boui. Pendant que certains pleurent leur compagnon bientôt disparu, d’autres élaborent secrètement des plans machiavéliques.

C’est ainsi que profitant des effets de la troisième pinte sur Lucas, je lui demande s’il serait disponible pour un week-end de grande voie.

Sans doute légèrement désinhibé par l’eau Alsacienne, ce dernier me propose soudainement « Happy Birthday » à la Croix des Têtes pour le week-end du 19 au 20 septembre!

L’occasion est trop belle, un falaisiste reconverti en bloqueur/alpiniste est partant pour une voie de 600m sur le seul week-end encore disponible avant son départ en Himalaya! Vendu!

Début septembre : L’incertitude

Séjour dans le Briançonnais et moment de doute à l’approche de la mission. Le soldat est épuisé au retour de la guerre des cartons faisant suite à l’exil alsacien…

Au fond du van, il peine à s’endormir et se met à espérer secrètement un revers météo ou un abandon du compagnon.

Que nenni, un coup de téléphone retentit trois jours avant le week-end! C’est le golgoth, il est prêt à faire 6h de route depuis Strasbourg et me demande si je suis toujours motivé.

« Ouais je suis toujours méga chaud»

« Ok! Faut que je fasse la voie samedi, j’arriverai à 21h vendredi soir après le travail et faudra que je reparte dimanche »

« Vendu! »

Il raccroche… là je suis définitivement BAISÉ 😂

Les préparatifs de Baptiste :

En route pour la Maurienne, une voix ne cesse de me hanter… c’est celle du papy Gallon!

J’entends ses paroles résonner dans ma tête : « gnagnagna il faut manger », « c’est pas tes 3 barres de Grany qui vont te sauver », « la clé c’est l’alimentation », « Tiens BOIS encore de l’huile d’olive!!! » !

Eurêka! Arrêt express au supermarché le plus proche : une boîte de 12 pompottes, une boîte de 4*8 Belvita, 4 wraps au jambon et SURTOUT un paquet de Haribo pour le trajet 😂

Arrivé en avance au parking, j’en profite pour avaler 250g de pâtes et en préparer 250 autres pour le petit dej… !

Lucas finit par arriver après 7h de route, nous préparons rapidement les affaires et sautons dans notre sac de couchage respectifs pour une courte nuit de sommeil…

Les préparatifs de Lucas :

Je profite de ma sortie nocturne de mardi pour rattraper mes heures et partir à midi du travail. Après avoir préparé mes affaires à la hâte je prends la route pour rejoindre Baptiste, près de Saint-Jean-de-Maurienne. J'enchaîne les bouchons, notamment entre Lausanne et Genève, si bien qu'il me faut 6 h 40 pour atteindre le parking. J'arrive finalement à 21h25 sous un magnifique ciel étoilé.

Nous préparons les sacs pour le lendemain, 3 litres d'eau chacun, le réveil est prévu à 4 h 20.  Pas le temps de trainer, je m’installe dans la voiture pour y passer la nuit, j'éteins ma frontale à 22 h.

 

19/09/2026

Happy Birthday - Croix des Têtes 

ED5 7b+ > 7a - P1 : 600 m - 17 longueurs

Lucas nous raconte la suite:

Je suis réveillé par le froid. Je regarde l'heure : 4 h. Je savoure mes 20 dernières minutes de repos allongé à contempler le ciel étoilé par la fenêtre de la voiture. À 4 h 20, le réveil sonne. Je mange les beignets achetés la veille tandis que Baptiste avale ses pâtes.

À 5 h, nous partons de nuit dans la rosée. Heureusement, les hautes herbes laissent rapidement place à la forêt une fois la passerelle du captage d'eau traversée. Après quelques minutes de marche, nous enlevons nos doudounes ; les 900 m de dénivelé de l'approche commencent déjà à nous donner chaud.

Le sentier serpente sous les arbres. Nous devons déranger l'un de ses habitants : des craquements de branches résonnent dans l’obscurité, mais les faisceaux de nos frontales ne nous permettent pas de savoir de quel animal il s’agit.

Après 30 minutes et 300 m de D+, nous atteignons un point de vue dominant un ravin, avec en contrebas les lumières de Saint-Jean-de-Maurienne qui scintillent. Nous poursuivons en direction du « Pin brûlé ». Vers 2 000 m, la forêt s'éclaircit progressivement avant de laisser place aux buissons, aux pierriers et à quelques arbres épars. Nous passons devant le fameux pin sans même nous en apercevoir et poursuivons jusqu'à l'emplacement du bivouac, repérable à son foyer, qui marque le début de l'ancienne via ferrata permettant de gagner le pied de la face.

Nous nous équipons, éteignons nos frontales et suivons le câble qui s'enfonce dans la forêt. Le premier câble métallique est fixé à un arbre qui n'inspire pas particulièrement confiance. Il faut tantôt enjamber les arbres, tantôt passer dessous, ou encore désescalader quelques dalles rocheuses.

Baptiste suit le câble

 

Au détour de cette descente un peu laborieuse, nous apercevons enfin la face sur notre droite. On n'en voit même pas le pied et pourtant elle paraît déjà immense. Les dalles, de plus en plus raides, filent vers le ciel en se redressant progressivement.

La paroi apparait

 

La via ferrata se poursuit. Nous utilisons un morceau de corde fixe pour contourner un arbre tombé sur le câble, rendant une section raide impraticable. Sur la fin, la descente devient verticale dans un mur de calcaire ; plusieurs barreaux sont d'ailleurs partiellement arrachés. Après une traversée à flanc de montagne dans les herbes et les éboulis, nous atteignons le point le plus bas de la face, marquant le départ de notre voie, 2 h 40 après avoir quitté le parking.

Lucas dans le bas de la via ferrata 

 

La face est impressionnante : un océan de dalles à n'en plus finir qui se redresse jusqu’à devenir verticale au niveau du bastion sommital, 600 m plus haut.

Plus que 600m…

 

Connaissant mon manque d'entraînement en voie et mon goût très relatif pour les dalles, Baptiste me propose gentiment de se sacrifier en prenant la tête dès le départ et en doublant les longueurs 5 et 6, afin de faire presque toutes les longueurs les plus dures de la voie en tête. Évidemment, j'accepte avec grand plaisir. 

Au programme :

L1 : 6c+ // L2 : 6c // L3 : 7a // L4 : 6c // L5 : 5c+ // L6 : 6b+ // L7 : 6c+ // L8 : 7a+ // L9 : 7b // L10 : 7b // L11 : 6a+ // L12 : 7b // L13 : 6c // L14 : 6c+ // L15 : 6b+ // L16 : 6c+ // L17 : 7b+>6a A0

Baptiste s'élance à 8h la fleur au fusil avant d’être rapidement rattrapé par la patrouille avec un ultime pas de dalle en guise de chauffe! Il lui aura fallu une bonne dose de détermination pour ne pas se la coller au 3ème mètre avec 597 restant… La journée va être longue. Il ne faut pas hésiter à louvoyer entre les points pour trouver des prises, le ton est donné adhérence, friction, aucune prise n’est évidente à trouver dans ces nombreuses bossettes sans magnésie, on perd de l’énergie à chercher les prises. 

La Longueur suivante est assez homogène de grande classe, un régal à grimper, seul bémol depuis un bon repos un point trop à droite oblige à faire quelques pas de dalles pour aller clipper alors que la voie repart à gauche.

Baptiste dans la L2

 

Un Mur lisse bien raide avec un gros pas sous le relai nous attend, les pieds sont mis à rude épreuve. Les cotations sont bien serrées et on commence à appréhender ce qui va nous attendre dans les 7b plus haut.

ça grimpe…

 

Deux pas durs au départ, il faut traverser vers une verticale se rétablir un pied sur une terrasse herbeuse, l’autre sur une strate puis traverser à gauche dans un désert de pieds, la suite annoncée déroulante dans le topo ne le sera pas du tout mais se révèlera très belle à grimper.

Petite accalmie bienvenue malgré un bon pas de dalle pour 5c+, on gagne aussi une longueur en doublant avec la suivante ce qui fait plaisir, plus que 11.

Toujours aussi loin du sommet malgré le doublé de L5 et L6

 

Pour ne pas changer on poursuit avec une superbe dalle annoncée homogène mais qui présente des sections plus simples, ça n'en reste pas moins très dur.

Toujours de la dalle

 

Vient l'arquée-type de la dalle, c'est lisse, raide, hyper technique, majeur, je me fais exploser, Baptiste grimace pour enchaîner.

 

Je m'élance avec appréhension après le déculotté que je viens de prendre en second dans la L8, j'artife le passage dur du bas, grimpe un peu au milieu et me retrouve à galérer dans le crux du haut, impossible de distinguer les prises correctement d’autant plus avec le soleil qui vient de se pointer, pile dans mes yeux. Je brosse  2/3 aplats passe à l’arrache avec le pied sur le point, au suivant je jette dégaine en main dans le spit, heureusement elle se clippe ; après quelques acrobaties j'atteins le relais installé confortablement sur une vire herbeuse pour me remettre de mes émotions. Les pas obligatoires étaient bien corsés. Dans toutes les longueurs les sections durs seront bien obligatoires. Baptiste enchaîne en pestant contre mes traces de magnésie qui ne correspondent pas forcément aux méthodes pour passer en libre. En guise de distraction nous avons droit à deux wingsuits qui nous passent au-dessus la tête. 

Baptiste dans L9

 

J'observe Baptiste se débattre dans la longueur suivante, c'est extrêmement technique, il stoppe sa série d’enchainement de 9 longueurs au 3ème point, je n'ai pas compris grand-chose quand c’était à mon tour de grimper à part que je ne sais pas poser mes pieds…

La suite se redresse, on attaque la partie verticale, un dièdre avec de petites arquées tout se joue sur ¾ mouvements avec les pieds en écart, changement de style radical, je commence à être fracassé, heureusement la longueur est courte, ce sera un combat de rue pour Baptiste.

Baptiste dans L11

 

On est complètement cuit, un dièdre lisse nous attend au début de la longueur puis c’est un peu plus facile ; ça se corse de nouveau sur la fin. Ce sera un festival d’artif vu notre état.

Lucas dans L12

 

On commence à compter les longueurs, heureusement c'est court et pas très obligatoire, mes bras sont à bout je dois m’arrêter presque à chaque point pour prendre 10/15s de repos, dans le feu de l’action je saute un point sans m’en rendre compte et peste contre les ouvreurs, mea culpa. Baptiste s’en sort mieux et enchaine.

 

 Je souhaite à Baptiste bonne chance pour le 6c+ qui suit en lui lisant la description du topo (dur au départ soutenu ensuite). Comme le décrit si bien le topo c’est toujours aussi dur et technique, de la pure dalle…

Je suis complètement cuit incapable d’enchainer le 6b+, mes mains s’ouvrent, je décompose la longueur en bloc entre chaque point. Après un petit réta pour rejoindre une dalle, il faut remonter un dièdre dans le style des écuries, la suite est facile mais bien engagée.

Ultime 6c+ pour Baptiste dans la même veine que le précédent, le départ est assez physique dans une double fissure permettant d'atteindre une strate sous le 3ème point, la fin est une dalle bien teigneuse avec plus de 500 m dans les bras et les pieds on est exténué. 

 

Dernière longueur enfin ! Le départ en 6a annoncé dans le topo, est bien plus facile que prévu mais le rocher est extrêmement péteux et friable, rien qu'avec la corde j’arrache 2 parpaings. On vient buter dans un dévers de 3/4 mouvements en 7b+, je n'ai ni l'énergie ni la motivation, je passe en A0, rétabli dans la dalle au-dessus, grimpe les quelques mètres jusqu'au relais et enlève mes chaussons.

Baptiste au pied de la dernière longueur

 

Baptiste arrive, il continue la courte arête permettant de gagner les pentes d’herbe derrière, il m'assure pour que je le rejoigne. On se déséquipe en admirant le coucher de soleil, il est 19h45. Quel plaisir de quitter définitivement les chaussons.

Lucas sur l'arête de fin
Saint-Jean de Maurienne

 

On fait les 50 m de D+ nous permettant d'atteindre le col, et on descend dans des dalles de schiste faciles mais expo, rapidement elles nous mènent à un autre petit col. De là on descend dans un couloir terreux avec des rochers instables.

 
Dans la partie en schiste

 

On choisit de désescalader de courts ressauts sur le côté de celui-ci pour ne pas glisser. Assez rapidement on rejoint par le haut le début de la via ferrata. Le marathon de descente peut commencer, on emprunte le même chemin que ce matin en sens inverse avec de tout même une vingtaine de minutes d’errance dans un pierrier. Il est 21h45 lorsque nous arrivons aux voitures. Le McDo de Saint-Jean-de-Maurienne sera amplement mérité.

 

Je roule de 23h à 1h15 pour m'éviter les bouchons de l'aller entre Genève et Lausanne. Plus de carburant sur la dernière aire française, les 13L à 2,98 €/L font mal…

Je dors sur une aire suisse ce n’est pas mon meilleur bivouac, mais les souvenirs de cette belle et longue journée sont là pour compenser. J'arrive à Strasbourg dimanche matin à 11h30 après avoir roulé encore 3h30.

Superbe voie, très soutenue, très technique, ça ne déroule jamais, beaucoup de pas obligatoires, parfois 7a dans des 6c/6c+, beaucoup de recherche de prises... Belle ambiance ! Le manque d'entraînement en voie s'est cruellement fait ressentir pour moi.

LS BV

 

 

image description Ben
Posté le 23-09-2026 22:05
Papy Gallon...
« gnagnagna il faut manger »,
« Tiens BOIS encore de l’huile d’olive !!! »

xD Très drôle. Merci pour les fous rires et le récit !