L'Alsace frappe à Presles !

image

 

Badaboum. Rien que le nom suffit à évoquer une époque où cette voie faisait vaciller les rêves d’une génération. Longtemps considérée comme l'une des plus dures de l'Hexagone, cette voie mythique propose 12 longueurs du 7a au 8a pour un ensemble côté ED4 ! Et puis cette légende locale : Loïc Fossard, l’aurait enchaînée en réversible dans la journée. Le genre d’histoire qui nourrit l’imaginaire, sans vraiment savoir où se finit le réel.

Mais revenons au commencement.

Après un échec d’organisation en 2024, une équipe d’Alsaciens allégée de ses deux éléments les moins déterminés se reforme. Face au monstre, nous avons donc :

- Stan : l’optimiste inarrêtable en toute circonstance

- Sylvain : futur daron à l’agilité et la souplesse sans faille

- Hector : ouvreur émérite, foudroyeur de règles et collectionneur de 8

- Baptiste : grimpeur d’expérience, redoutable dans la durée… et étonnamment rapide dans les approches

 

La plaque au pied de la voie 

 

Fraîchement arrivés de leur lointaine contrée alsacienne ils se retrouvent aux alentours de 16h30 sur le parking de Presles. Plus motivés que jamais, ils mettent en place leur plan d’attaque : Hector et Baptiste s’élanceront par le bas, pendant que la seconde cordée plus valeureuse, descendra en rappel déposer les 20 L d'eau et le bivouac sur la vire médiane, avant de les rejoindre au pied de la paroi pour attaquer à leur tour.

La stratégie bien rodée, ils partent repérer les relais de rappel. Au terme d’un conciliabule mêlant désescalade délicate et appel FaceTime suspendu avec un ami ayant récemment parcouru la voie, ils finissent par identifier le relais sommital.

De retour au camion, la motivation est au sommet. Tandis que Baptiste et Hector partent déchiffrer la première longueur, les deux autres remontent poser le bidon d’eau pour s'alléger lors de l'approche du lendemain. Le « déchiffrage » de la première longueur par Baptiste se conclut par une tentative à vue et à froid se soldant miraculeusement par une réussite au prix d’un gonflement des avant-bras digne des biceps de Popeye ! Hector flashera également la longueur avant de regagner le campement, victorieux et bien rincés pour un repas copieux et une bonne nuit de sommeil !

 

Le lendemain le réveil est tôt. Baptiste et Hector partent pour l’ascension, pendant que leurs acolytes surchargés s’engagent dans une descente en rappels aussi fastidieuse qu’impressionnante. Dès le premier rappel la corde se bloque. L’entreprise semble mal entamée ; néanmoins après tout un tas d’efforts et de bidouillages on retrouve tous nos protagonistes, tels quatre cordistes, suspendus de manière précaire et peu confortable sur la sellette du deuxième relais. Après un interminable démêlage des cordes, Stan et Sylvain atteignent le bas. Il est presque midi. Ils sont déjà usés.

 

Suspendus tous les quatre au R2 ! 

 

Pendant ce temps, Baptiste et Hector avancent. Longueurs après longueurs, tentatives après tentatives, ils atteignent le dernier 7a avant la vire. Seulement voilà, celui-ci s’avère être une véritable « puterie » de 45 mètres, loin de leurs standards alsaciens de voies de 15 mètres… Il leur fallut redoubler de courage pour ne pas se la coller misérablement dans le dernier pas de bloc, sur ce rocher en sucre menant à la vire.

Stan et Sylvain, de leur côté eurent les mêmes peines mais une première ascension flash du premier 7b+ leur redonna du baume au cœur. S'ensuivit l’enchaînement du prochain 7c et 7b+. Épuisés, ils usèrent alors de toute leur détermination pour vaincre le 7a+ et 7a restants atteignant également la vire. Exténués par cette journée de labeur, ils installent leur bivouac avant de déguster, façon Top Chef, leurs lyophilisés soigneusement sélectionnés au préalable.

 

Hector dans la superbe L1 !

 

Le lendemain réveil tardif petite séance d’UV, puis objectif du jour : le mythique 8a… ! Hector et Baptiste ouvrent le bal mais avant ça, deux longueurs : un 7b court et à doigts (expédié proprement en bons Alsaciens qu’ils sont), puis un second 7b composé d’une traversée mesquine s’achevant par un crux des plus vicieux. Au terme d’un combat mémorable, savant mélange de combativité et d’improvisation plus ou moins maîtrisée, Baptiste parvient à rallier le relais marquant l’entrée du 8a ! Fidèle à sa grande générosité, il n’hésite pas à flasher au millimètre près chacun de ses camarades dont la bravoure ne flanchera pas, bien aidée, il faut dire, par une motivation quasi inexistante à se retaper la traversée en sens inverse pour un nouvel essai.

 

Le mythique 8a de L8 !

 

Pendant que Baptiste et Hector s’attaquent au morceau de bravoure, la seconde cordée de retour à la vire s'organise pour assouvir ses besoins primitifs. Entre deux fous rires et quelques objets volants non identifiés mais organiques dans le ciel de Presles, Baptiste finit par dompter la longueur clé, puis redescend passer le relais à ses camarades. Stan et Sylvain enchaînent alors également le 8a à leur tour. Hector lui, persévéra jusqu’à la nuit pour aller le chercher, au mental et sur le fil.

 

Réveil au bivouac 

 

Après une nuit bien trop courte et un réveil aux aurores, ils repartent à l’assaut regonflés par leurs exploits de la veille. Entre le sommet et eux : quatre longueurs seulement (7a+, 7b, 7a+, 7b+). Sur le papier, presque une formalité… mais dans la réalité, c’est mâchoires serrées et doigts crispés qu’ils enchaînent les longueurs les unes après les autres, chacun bien décidé à éviter la moindre erreur afin de ne pas transformer cette fin prometteuse en séance de rattrapage non désirée.

Les deux dernières longueurs se concluent pour Baptiste et Hector dans une ambiance blockbuster : un remake de Pearl Harbor où une pluie de projectiles calcaires s’abat, gracieusement envoyée par le sac de hissage que leurs compatriotes manœuvrent au sommet. À peine extraits de leur position fœtale contre la paroi, ils voient Stan redescendre pour immortaliser l’instant... les propulsant aussitôt dans une suite façon guerre du Vietnam, avec une nouvelle salve de "missiles" pour pimenter la séance photo.

C’est ainsi que, rescapés des frappes alliées, ils se dépêchent de rejoindre le plateau sommital où ils clôturent leur Team Send* d’une célébration minimaliste, un simple check. Puis comme souvent dans ces cas-là, il ne reste qu’un mélange de fatigue et de silence, avec cette lucidité un peu brute : celle de comprendre que tout ça oscille entre l’absurde et le nécessaire… avant que le quotidien ne reprenne lentement sa place et que l’envie de repartir, elle, revienne déjà sans prévenir.

ST

 

*Toutes les longueurs de la voie ont été enchaînées dans l'ordre en réversible par chaque membre de l’équipe, à l'exception du 8a qui a été validé en tête par tous.

 

Retrouvez le compte rendu complet de BV sur Camptocamp, qui a grandement inspiré ce récit : Ici !

image description KevinS
Posté le 30-04-2026 22:18
Excellent, que d'aventures ! Bravo à vous 4, et félicitations à Sylvain ! 😁
image description Yann
Posté le 30-04-2026 17:16
Génial, bravo à vous !! Et merci pour ce superbe récit !