Les Pirates à Russan !
La dernière manche est lancée, le domino de cartes commence et révèle le vainqueur de l’ultime partie de skull king d’un trip entamé 8 jours plus tôt. Julien Neuner - alias Don Juan des sept mers - est désigné meilleur pirate du jour, son nom est célébré comme une légende au sein de l’équipage.
Colonnettes luisantes, résurgences, soleil aveuglant, résistance : le décor de la falaise de Russan est posé. Neuf pirates ont embarqué dans l’aventure : Théo Laurent, Nicolas Berst, Sylvain Guinot, Jade Guilloud, Jeanne Jay, Stanislas Tran-Minh, Xavier Arnolt, Julien Neuner et Hector Becker.
Dès le premier jour, les binômes se constituent et les objectifs s’affinent. Les grimpeurs sont confrontés au défi des conditions. Stanislas, alias Stan le Castor, a décidé de prendre les choses en main. Rouleau de papier toilette dégainé, il part à l’abordage des colonnettes détrempées. Il s’entraîne dans Macumba 7c, dont plusieurs prises sont trempées, mais rien n’arrête l’ingénieur hydraulique. Il perfectionne son savoir dans Pipeline 8a. Le barrage de notre castor est solide, l’eau ne passera pas. Il vient à bout de cette voie physique en quelques essais. En bon samaritain, il réitère son barrage dans la voisine Scoliose 8a pour son camarade Hector. Malgré un long calage, Stan ne parvient pas à enchaîner la voie et décide de se diriger vers d’autres projets. Il faut croire que le Castor est plus doué dans la maîtrise de l’écoulement que de l’enchaînement.
En éclaireurs, Julien et Nicolas se dirigent vers les secteurs proposant des voies adaptées à leur niveau de résistance. Ils réalisent une série de 7a et 7b. Ils continueront leur épopée en essayant SDF 7c. Pour Nicolas, alias l’Antédiluvien, le nom de la voie sonne presque comme une prophétie. Car là où d’autres subissent le déluge des avant-bras pétés, lui semble évoluer dans son élément. Solide comme une roche datant d’avant les marées, il vient à bout du 7c avec la sérénité d’un monde qui a déjà survécu à plusieurs ères glaciaires. Insatiable, le binôme a fait un choix audacieux en grimpant sept jours consécutifs. Ils s’offrent une visite à Seynes pour le mercredi, accompagnés de Xavier, alias barbe blonde. Il se lance dans la quête d’un trésor convoité : réaliser un 7a à vue. C’est chose faite avec Brigand d’amour, 7a+ à Seynes. Une intense douleur au bras toute la semaine l’a empêché de réaliser les croix tant espérées. À défaut, il enchaîna les clichés. Sa capacité à braver la douleur, allant jusqu’à se hisser sur corde statique pour immortaliser l’équipage, relève d’un dévouement que même les plus endurcis des pirates saluent. Et c’est ainsi que grandit la légende de Barbe blonde : souvent pendu à la corde mais toujours suspendu au service des autres, jamais à son propre confort.
Pour poursuivre dans l’aventure des pirates diminués, trois grimpeurs au genou de bois se distinguent : Hector, Jade et Sylvain. Investi dans le sensationnel, Sylvain, alias Braqumard le rouge, frôle la mort en enlevant la corde statique posée par Jade.
Réalisant que la vie ne tient qu’à un fil, il se décide à mettre un essai dans son projet de la semaine : Plus X, 8b+. La grimpe est fluide, les genoux s’enchaînent et la pose de pieds est limpide. La falaise capitule et Plus X est pillée sans sommation au prix d’un genou. Désormais, on murmure son nouveau surnom dans la grotte de Russan : Braque-mou du genou.
Malgré un genou légèrement plus robuste et des espoirs à la hauteur de la cotation, Hector, alias Hector le Conquistador, ne parvient pas à réaliser la croix. De grandes ambitions impliquent de grandes déceptions. La fin de séjour a un goût d’inachevé. Et comme souvent, les grandes désillusions font écho aux débuts chaotiques. Il avait commencé dans l’adversité face au 7c Macumba. Prises trempées, mauvais flash signé Stan, manque d’échauffement : les excuses fusent et la bête noire était née. Heureusement pour lui, Jade réalise un enchaînement flash impeccable. L’égo vacille. Le Conquistador n’a d’autre choix que de repartir au combat. Il enchaîne cette fois à l’essai suivant. Trois jours de siège, trois essais, mais la forteresse a enfin cédé. Le Conquistador finit toujours par planter son drapeau. Malgré ces difficultés, il réalise néanmoins une ruée vers l’or en enchaînant plusieurs 8a et 8a+. L’ascension de Scoliose 8a se démarque par la perfection des mouvements réalisés. À défaut de conquérir les terres de la résistance, Le Conquistador repart la tête haute avec un butin plus précieux : la conquête des cœurs de son public et la satisfaction d’avoir enchaîné chaque voie avec style.
Pour finir, Jade, alias J’adhère aux prises, réalise une semaine prometteuse. Infirme du genou droit suite à une utilisation trop enthousiaste du talon sur la kilter, elle refuse néanmoins de rester à quai. Un campement tous les quatre mouvements, trois montées et deux avant-bras reposés lui permettent d’enchaîner Eau de colonne 8a+ dans un intense combat de résistance. Sa victoire la plus mémorable du voyage n’est peut-être pas uniquement dans ce relais clipé, mais dans un exploit d’un autre genre : la pose de paires dans une voie. Performance d’autant plus remarquable que la pirate lutte encore contre le fléau bien connu de l’assistanat. Et si elle adhère désormais sans trembler au calcaire de Russan, ses nombreuses chutes dans les marches d’approche rappellent que sa quête secondaire reste tout aussi essentielle : apprendre à adhérer au sol.
Théo, alias Torreur des sept mers, vogua de vague en vague avant de trouver une voie qui attira son attention. Les méthodes de Quart de siècle 8a sont calées, les mouvements apprivoisés comme une mer capricieuse. Torreur vient à bout de la voie dans un ultime essai avant le coucher du soleil. Comme à son habitude, le saut de dégaine est maîtrisé et le public est bouche bée. Avec le courage qui le caractérise, Torreur impose son nom et son talent sur chaque falaise. Sa capacité à atteindre le relais de voies dont il ne fait pas les mouvements impressionne toujours l’équipage. Là où certains sortent l’artillerie télescopique, Torreur préfère la méthode traditionnelle : mélange d’audace pure, d’instinct marin et d’un sens aiguisé de la navigation verticale.
Dernier jour. Les muscles crient à l’aide, le soleil est éclatant, la peau tiraille. L’équipage accuse la fatigue et nombre de pirates peinent à rassembler l’énergie nécessaire pour repartir à l’abordage de nouvelles croix. Pourtant, un trinôme refuse de rentrer au port : Julien, Stanislas et Jeanne. Julien, alias Don Juan des sept mers, se lance dans SDF, 7c. Essayée trois jours plus tôt, la voie lui aura demandé de l’abnégation et de la patience. Le pas de bloc aura résisté, repoussé tentative après tentative l’enchaînement. Mais à force d’obstination, la voie cède. Don Juan est peut-être plus connu pour ses conquêtes sur la terre ferme que verticales, mais ce jour-là, c’est bien un relais qu’il séduit.
Il a à peine le temps d’annoncer son succès que Jeanne le Sabre s’élance dans son projet du jour, Loco motivée 7a. Portée par la confiance engrangée dans Décadence 7a+, elle s’élance. Assurée par Stan, elle évite magistralement une chute à la 3ème dégaine. Le public est en délire. L’ascension se poursuit alors que le soleil saborde l’horizon tandis que les coudes sont au zénith. Malgré un ultime effort de récupération, l’implacable lactique finit par envahir les avant-bras. Le sabre regagne le fourreau.
Le crépuscule impose un changement d’assureur pour laisser Stan mettre un essai dans Gros sexe non désiré 8a. Un calage encore fumant, une frontale et un genou prêt à harponner le moindre bout de calcaire, notre Castor s’engage dans la voie. L’ascension se déroule sous les yeux d’une foule ébahie. Une fois encore, le barrage tient bon : le Castor a triomphé.
Dans la nuit noire, nos pirates lèvent l’ancre, les cales pleines de croix. Le butin est peut-être modeste, mais au fond, ce ne sont pas les drapeaux plantés qui forgent l’équipage mais les tempêtes traversées ensemble.
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Une grande aventure en mer à n'en pas douter.
Hâte de lire le prochain épisode !