Entretien avec Camille

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Entretien #1 avec Camille

Propos recueillis par Antoine Reaud


Q1 : Comment tu t’appelles, quel âge as-tu, et depuis combien de temps grimpes-tu ?

Je m’appelle Camille, j’ai 36 ans et je grimpe… ça dépend ce qu’on entend par grimper. 
J’ai commencé en 2019 avec mon frère, environ une fois par mois on allait se faire une petite moulinette. Puis en décembre 2021 avec Joffrey j’ai commencé à aller régulièrement à BO. Puis j’ai commencé à travailler des voies en septembre 2023, soit il y a trois ans environ.

Q2 : Pratiques-tu plus en salle ou sur du rocher et te définis-tu plus comme une grimpeuse de salle ou d’extérieur ?

Clairement ces dernières années je me définis plus comme une grimpeuse d’extérieur. Ça fait depuis environ 3 ans que je grimpe la majorité du temps dehors. Même si j’ai passé un an à grimper à l’ASCPA une fois par semaine et que j’allais régulièrement à Block Out.


Q3 : Maintenant que tu grimpes en extérieur, quelle est ta falaise préférée et pourquoi ?

La question elle est dure là. En Alsace ? Non ? Alors je crois que ma falaise préférée c’est celle de Siurana parce que ce sont de super longues envolées, t’as des voies de 40 mètres. C’est plus conti aussi qu’en Alsace, en tout cas celles que j’ai faites. Il y a certaines voies aussi où la cotation est différente et ça peut flatter ton ego. Sur certaines voies mais pas toutes hein, pas toutes. Et le lieu est incroyable, ce petit village perché en haut de la montagne, ces kilomètres de falaise, il y en a pour tous les goûts… c’est incroyable.

Q3’ : Et parmi les salles où tu es allée, laquelle est ta préférée et pourquoi ?

[Silence] Ma salle préférée ?! [Silence] J’adore aller au DAV à Offenbourg parce que les murs sont assez hauts et qu’on y va pas souvent alors on y découvre à chaque fois plein de nouvelles voies. Après j’ai beaucoup apprécié aussi l’ASCPA même si c’est très dur.

Q4 : Combien de fois pratiques-tu l’escalade dans la semaine et comment se déroulent tes séances ?

Alors, en règle générale trois fois par semaine : le mercredi, le samedi et le dimanche. Et comment se déroulent les séances ? Souvent dans les projets.

Le mercredi on va au Kronthal parce qu’on a moins de temps que le weekend. On arrive en général on s’échauffe en posant les paires dans nos projets et puis après on travaille les mouvs et quand tous les mouvs sont acquis on tente les essais.

Camille dans Purgandus Populus, un 7a qui n’en fini pas à Siurana (photo : Hélène)


Q5 : Est-ce que tu as des objectifs en escalade ?

Mon objectif serait, l’année prochaine ou peut-être l’année d’après, peut-être plus dans deux ans, de faire le Chien Engagé au Kronthal. Si je fais ça, je serai très très contente.

Q5’ : Qu’est-ce qui t’attire dans cette voie ?

C’est une ligne que j’avais remarqué, j’ai assuré plein de gens dedans… j’aime la ligne, les mouvs… il y a quelque chose de magnétique, quelque chose qui m’attire.


Q6 : Combien d’heures consacres-tu à l’escalade dans ta semaine ?

Quand je compte les heures, je compte aussi les heures pour y aller, pas juste grimper sur la falaise. Je dirais entre 15 et 18 heures par semaine tout compris.


Q7 : Aimerais-tu pratiquer plus et si oui, quels sont les freins à ton augmentation de pratique ?

Ah ! Parlons-en ! J’aimerais pratiquer plus et pour cela, j’aimerais bien ne pas travailler une moitié de l’année pour pouvoir passer par exemple deux mois sur des spots comme Siurana. Mais pour l’heure mon travail m’empêche d’avoir de mi-temps annualisé même si l’éducation nationale peut accorder des mi-temps annualisés, en ce moment ils sont en pénurie de professeurs alors ce n’est plus possible.


Q8 : Est-ce que tu as déjà été blessée et si oui, as-tu retrouvé ton niveau ensuite et au bout de combien de temps ?

Alors oui j’ai déjà été blessée au doigt à Block Out en 2024. Ça faisait 6 mois que je travaillais des voies alors je n’avais pas encore passé de 7a et ça a duré 3-4 mois. c’était une inflammation des tendons. J’ai alors pratiqué beaucoup de yoga, 2-3 fois par semaine et j’étais plus forte en revenant alors que je n’avais pas grimpé du tout parce qu’en fait j’avais travaillé le gainage, l’équilibre et j’avais aussi pas un très gros niveau quand je me suis blessée. Quand je suis revenue j’étais plus sûre de moi, j’étais mieux sur mes appuis. Oh, et j’allais courir aussi.


Q9 : Quels sont selon toi ton point fort et ton point faible en escalade ?

Je dirais que mon point faible c’est la force. J’ai du mal à me tracter. Et ma force je dirais que c’est ma motivation, je suis toujours optimiste pour aller grimper… ouais ma motivation.


Q10 : Est-ce que tu as un ou une idole qui t’inspire en escalade ?

[Silence] C’est une bonne question… [Silence] Attends je réfléchis… [Silence]...

En vrai je pense que c’est Joffrey qui m’a inspirée. En le voyant lui travailler les voies, gagner en assurance, en niveau… Je me suis dit que moi aussi je pouvais le faire.

Camille dans Free Thibet dans les “on ne présente plus” - Gorges du Verdon


Q11 : Quel est ton type de préhension préférée ?

Déjà pas les plats ça c’est sûr. Pas les pinces. Ca va être soit les réglettes, du type de celles des pourritures. Les verticales aussi.

J’aime bien aussi les bons bacs où tu peux te refaire.

Q12 : Quel est ton mouv préféré ?

Pas facile non plus comme question…

Ce que j’aime bien, c’est quand tu as une fissure que tu prends en Dülfer pour aller chercher une prise loin.

[NDLR] : Après l’interview, l’intéressée a tenu à ce que je mentionne “le dièdre”. Ici. Voilà, le mouv en dièdre est son préféré.

Q13 : Que penses-tu du système de cotation ?

Je pense que ça peut donner une idée de la taille des prises que l’on va pouvoir retrouver, que ce soit en dalle, dévers ou vertical. Par contre, je trouve que la taille n’est pas trop prise en compte dans la cotation. Alors, je ne sais pas si c’est parce qu’on grimpe beaucoup en Alsace, mais je trouve que les prises sont souvent lointaines, sans intermédiaires, et qu’on se retrouve alors dans une difficulté au-dessus de la côte.

Par exemple au Krapp’ il y a moins ce problème là car il y  a plus d’inter, on peut plus faire à sa sauce. Du coup, là-bas je trouve que les cotations sont ok et plus homogènes.


Q14 : Est-ce que tu as un autre passe-temps ?

Vu le temps qu’on passe à l’escalade c’est super difficile d’avoir un autre passe temps. Après, quand j’ai du temps et que je ne grimpe pas, j’aime bien aller marcher toute seule faire des treks. Et au quotidien j’aime bien lire et voir mes amis.


Q15 : Est-ce que tu souhaites ajouter quelque chose ?

J’aimerais reparler du nom des voies. [Rires] Attends je réfléchis…

Je voudrais juste dire que l’escalade, c’est un très beau sport et que je l’aime parce que c’est un sport qui permet de s’ancrer dans le présent. Quand tu es dans une voie que tu vas/veux enchaîner, il faut que tous tes sens soient en alerte et il y a aussi un côté méditatif. Tu ne penses qu’à la voie et c’est un moment qui est en dehors du monde.

Après il y a aussi le côté où l’on passe beaucoup de temps en nature même si le Kronthal ne fait pas très nature non plus.

Et enfin, il y a un côté danse aussi, chorégraphique, qui est très agréable.

Voilà.

Merci à toi.

Merci.

Les mains de Camille

 

Premier entretien, d'une série imaginée par Antoine Reaud, où les questions restent les mêmes. À suivre…

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Posté le 20-10-2026 18:00
Superbe interview !
Et bravo à Antoine pour l'idée, j'ai hâte de lire la prochaine :-)