Louis Duret enchaine le Traité de Déversification !
Louis Duret enchaine le Traité de déversification !
« Laisser les cotations errer au gré du présent vs conserver la permanence historique », et Olivier Aubel de préférer la deuxième proposition. Je le rejoins : une fois la cotation installée, sauf nouvelles méthodes révolutionnaires, utilisation de moyens artificiels (les genouillères), ballants retenus, amélioration des prises... il parait risqué de la faire évoluer au gré de l’évolution des aptitudes des grimpeurs. Dans un sens ou dans l’autre. Cela provoque notamment le récurrent ajustement de l’échelle de cotation qui permet à certaines voies « old school » de gagner une demi-cotation tous les dix ans, et qui bouscule régulièrement la chronologie des événements, où l’on voit n’importe quelle ligne se voir propulsée au rang de première voie dans le niveau.
En 1993, à une époque où émergeait la génération dorée des JMTT, LF, PB, Jean-Minh avait fait la liste des voies dures de ce côté de la Lièpvrette : 10 voies en tout et pour tout, rapidement réduites à 9 après la décotation du « Théâtre d’un Geste ». Je rajouterais que, à peine 4 ans plus tôt (lorsque j’ai commencé à grimper), il n’y en avait que deux : « Die Maske von Burggespenst » et... « Le Traité ». « Die Maske », on ne savait même pas vraiment où c’était, et ce que, abusivement, nous qualifions comme « premier 8a d’Alsace » s’avéra être... en Moselle. Une info qui propulse « Le Traité » au rang de premier 8a d’Alsace... du nord ! Rien que ça ! Il n’en faut pas plus pour en faire une voie Mythique et qui siège, de surcroît, sur la plus fabuleuse falaise du monde.
Il serait abusif de dire que la cotation du « Traité », Neunenzuger (neufs mouvements), pour nos voisins d’outre-Rhin, ne fut pas immédiatement sujette à caution (Wolfgang Kraus, un des premiers répétiteurs (le premier ?), l’aurait déjà qualifié de « soft » si ce vocable eut été d’usage à l’époque), mais les ascensionnistes suivants, dont rien moins que Jean-Minh et Loïc, mais également les « anciens », ne remirent en cause la cotation. Mais il est indéniable que l’accès au relais fut de plus en plus facile pour les jeunes « paons » qui suivirent.
Effectivement, le premier vrai « pan » (je crois qu’on appelle ça un spray-wall maintenant) digne de ce nom, dans le Bas-Rhin, doit dater de 1994. Avant, nous nous entrainions, bardés de ceintures de plongées, sur les moellons du pont du Heyritz ou du mur extérieur des ateliers SNCF de Bischheim, ou mieux, sous le dévers de la table de ping-pong de Yann Corby... Et il est indéniable que, en ce qui me concerne en tout cas, ce nouvel outil radical allait clairement me permettre de sortir de la zone du berlotage et d’enchaîner mon premier 8a, « Le Traité » donc, l’année suivante. Aucun doute sur la cotation à ce moment, mais le sentiment malgré tout, que par l’entraînement spécifique, j’avais brûlé quelques étapes dans ma progression, que j’avais abaissé la voie à mon niveau, et qu’il y avait encore du travail avant de devenir un vrai octogradiste.
Enchaîner «Le Traité » est donc une étape obligée de tout grimpeur dont l’horizon dépasse les murs de sa salle de fitness vertical. Et à 14 ans, cela reste un exploit...
14 ans, c’est un an de moins que Marc le Ménestrel enchaînant « Rêve de Papillon » en 1983, et Louis Duret doit être le plus jeune ascensionniste de ce plafond mythique. À cet âge-là, on commence à peine à avoir l’allonge et la puissance nécessaire pour affronter ce dévers, et les très jeunes à ce niveau s’orientent généralement plus volontiers vers les lignes verticales du Kronthal ou du Krappenfels. Rappelons, sans lui faire offense, que si Isabelle Bihr put enchaîner le « Monument hystérique » au Kronthal en 1999, le Traité lui résiste toujours... Bravo donc à Louis !
5 ou 6 séances furent nécessaire à Louis Duret pour venir à bout du « Traité ». Je pense qu’il avait déjà fait un repérage il y a quelques années, mais un évènement avait entravé son parcours... Le 30 avril 2023, le fameux piton, qui avait permis à des générations de prétendants au 8ème degré de travailler le fameux crux final, céda sous le poids, certes modeste, de Célia Giraud... Ce n’était pas la première fois qu’il cédait. Celui-ci avait été replanté par Nicolas Meyer, il me semble, en remplacement du premier, vestige de l’équipement d’Armand Baudry. Il fut convenu que la voie fût restaurée, « rétablie dans son état complet », pour citer Viollet-le-Duc, en utilisant un piton légué par Tchen, dont le souvenir hante encore ce dévers, et qui fut, ne l’oublions pas, un des équipeurs du Brotsch, et plus particulièrement d’une voie qui doit être enchaînée 2 fois par siècle.
Le piton fut donc replanté par Antoine Duret, habitué des lieux et un des grands amoureux de la falaise qui y connut ses heures de gloires en enchaînant, il y a bien longtemps, outre la fameuse trilogie, rien moins que la terrible « Homotopie du segment AB »... C’est donc le père qui assura Louis lors de l’ascension victorieuse. On imagine la joie partagée par les deux adeptes du lieu...
TL
⏩ ⏩ Photos ci-dessous : Le premier topo du Brotsch, Brombeer Zeit n'y est pas encore (Claude Bastian 1990) - La liste des voies dures en 1993 (JMTT) - le célèbre piton du Traité qui a cédé
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Je confirme qu'au siècle dernier, j'ai entendu parler de cette voie sous le nom de Neunenzuger (neufs mouvements), avant d'en découvrir le nom français.
Le cabinet de Jean Francoix Dall'Agnol est toujours ouvert à Aix en Provence ! Tu peux prendre RDV !
19 Rue Thiers, 13100 Aix-en-Provence
A propos de lui :
Diplômes nationaux et universitaires
1992
D.U. Psychiatrie légale et expertale - Faculté de médecine de Marseille
1991
Diplôme d'État de docteur en médecine - Faculté de médecine de Strasbourg
1991
D.E.S. Psychiatrie - Faculté de médecine de Strasbourg
Autres formations
1995
D.U. Droit, économie de la santé et psychiatrie - Faculté de Droit, d'Economie et des Sciences, Aix-Marseille
1992
D.U. Psychopathologie pathologie appliquée - Faculté de médecine de Marseille
Expérience
Depuis 2008
Médecin expert judiciaire - Hôpital Montperrin - Aix-en-Provence - Psychiatrie
Depuis 1997
Cabinet - Aix-en-Provence
Depuis 1995
Praticien hospitalier - Hôpital Montperrin - Aix-en-Provence - Pédopsychiatrie
1992 - 1995
Assistant des hôpitaux - Hôpital Montperrin - Aix-en-Provence - Pédopsychiatrie
1988 - 1992
Interne - Centre Hospitalier Universitaire de Strasbourg - Strasbourg - Psychiatrie
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Sinon pour l'anecdote :
Après mon installation à Marseille, j'ai contacté Jean François directement à son cabinet (seul numéro disponible).
Il a du me prendre pour un fou furieux !
Nous avons convenus d'aller grimper ensemble la semaine suivante.
RDV était pris dans la pittoresque falaise de Meyrargues à côté d'Aix.
Je lui avais alors expliqué toute l'histoire et le mythe du Traité en Alsace. Il était surpris et amusé de sa "notoriété" en Alsace...
Concernant la cotation du Traité, il l'avait coté par rapport à l'Invitation au Voyage, un 7c+ historique de Volx, qui lui semblait plus dur. Ce qui est vrai par rapport au niveau de force requis. Par contre l'Invit est plus long et plus résistant. Donc difficilement comparable selon moi...
Quelle plaisir de voir les fistons prendre le relai ! Après Benoît voici Louis, fils d'Antoine grimpeur discret efficace et sympathique !
@Florent. Tout a été dit sur JFD'A ...psychiatre d'Aix en Provence exilé à Rouffach qui faisait (souvent avec moi comme assureur mais pas le jour de l'ascension première) le trajet depuis le 68 pour essayer le traité. Rappelons que nous nous entrainions à l'époque sur le pan de Colmar qui se trouvait dans le magasin Top Niveau. C'est "Jeff" comme il était nommé à l'époque qui nous montra qu'au lieu de faire ce que nous nommions des "Bollingers problems" il était plus utile de faire des ronds armés d'une ceinture de plongée dans le dévers. Nous devions être à l'époque vers 1989. Jeff enchaina rapidement le Traité qui finalement n'était pas aussi dur que ce qu'il faisait à Volx (toutes le voies jusqu'à 8b), Buoux (La Rose et probablement un certain nombre de 8a) aux Goudes (la course aux nuages ), à la paroi des toits. Je l'ai vu faire dans la séance la plupart des voies de Volx jusqu'à 8a sans aucune difficulté apparente. Donc le Brotsch était son élément. Notons qu'il fut le créateur de beaucoup de prises dans le secteur de Bibémus, près d'Aix en Provence dont la reproduction à l'identique du croisé de la Rose pour s'y entrainer lesté. Bref, lorsqu'il arrive en Alsace, il est un octogradiste très confirmé avec un physique plus que solide. La largeur de son dos faisait taire le haut-rhinois à la raillerie pourtant facile. Il a du si mes souvenirs sont bons enchainer aussi les voies de la carrière à Gueb, ce qui le qualifia aux yeux des Zals...réduits au silence (pour une fois). N'ayant pas le souvenir qu'il proposa une cotation inférieure à 8a...nous pourrions en déduire que ce grade correspondait aux standards de l'époque, spécialement relativement à une falaise comme Volx. Avant que ne vienne la génération dorée, JPM fut le second sans doute JI puis VS, AO... Tout cela sans savoir trop ce qu'avaient fait nos voisins allemands qui probablement s'étaient intercalés dans cette liste voire nous avaient précédé. Tout cela en 1989. Le Traité est un jalon dans le 8a alsacien, cela a été déjà dit. Il est athlétique (un peu), facile à travailler même si un peu loin de Colmar donc il fut le premier 8a de beaucoup tandis que nous nous escrimions sur les voies de la gravière. A ce titre de jalon, il est intéressant qu'il reste le 8a historique. Il est notre "petit" petit autoroute du soleil (non en raison de son profil mais en raison du statut de ces deux voies dans l'histoire de l'escalade) dont la cotation n'a pas été bougée.
@JT : j'aurais peut être dû écrire : "pour les voisins d'Outre-Rhin de ma génération"... je croyais que c'était encore le cas (?). Comme tu peux le constater sur le topo dessiné en 1989 (paru en janvier 1990) : il n'y a pas encore de nom...
Merci aussi à TL pour cette prose, toujours inspirée. Je regrette juste l'absence d'une anecdote ou deux sur le Sieur JF DALL'AGNOL, ce mystérieux gibbon marseillais, adepte précurseur de brachiation cavernicole...
Et merci TL pour ce rappel historique.